PRESS-RELEASE / COMMUNIQUE POUR LES MEDIAS

 

N 4 - 09.12.2010

 

L’UNESCO devra changer pour relever les nouveaux défis

 

 

L’interview de la Déléguée permanente de la Fédération de Russie auprès de l’UNESCO Eleonora MITROFANOVA à l’occasion du 65ème Anniversaire de l'adoption de l’Acte constitutif de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture

 

Q: Madame Mitrofanova, le 16 novembre 2010, l’UNESCO a fêté son 65ème anniversaire. C’est une fête importante, d’où ma question: Croyez-vous que l’Organisation a justifié son existence?

 

Eleonora MITROFANOVA: L’UNESCO a été fondée juste après la fin de la Seconde guerre mondiale pour promouvoir l’entente et la coopération internationales en propageant l’éducation ainsi que les acquis de la science et de la culture pour le plus grand bien de toute l’humanité. Sa fondation a d’ailleurs été initiée par des scientifiques de renommée mondiale ainsi que par des hommes politiques et publics conscients de l’importance de ce type d’organisation.

L’UNESCO a connu la confrontation rigide accompagnant la Guerre froide, ses activités ont subi l’impact des événements historiques de premier plan, tels que la décolonisation et l’effondrement de l’URSS. Et même si des critiques retentissent parfois à l’égard de l’UNESCO, et aucune organisation internationale n’est, d’ailleurs, à l’abri de la critique, j’estime que nul ne doute que l’UNESCO a largement contribué au renforcement de la paix et de la sécurité sur notre planète pendant toute la durée de son existence et dans le cadre de ses compétences.

Actuellement, notre Organisation assume le rôle de «laboratoire d’idées», de forum d’élaboration de normes et de centre d’échanges d'informations en se chargeant de créer le potentiel nécessaire dans les pays membres et en servant de catalyseur à la coopération humanitaire internationale.

L’UNESCO a littéralement tissé des réseaux d’interactions internationales qui comprennent des centaines de centres scientifiques, d’universités, de sections de l’UNESCO, d’écoles associées, de bibliothèques, de musées et de centres de création dans le monde entier. Grâce à tous ces efforts, l’Organisation bénéficie d’un prestige important et bien mérité dans le monde. Ma réponse est donc définitive: sans aucun doute, l’UNESCO a pleinement justifié son existence.

 

Q: En quoi l’UNESCO est-elle différente des autres institutions spécialisées du Système des Nations Unies et quels sont ses avantages?

 

E.MITROFANOVA: L’UNESCO coopère étroitement aussi bien avec l’ONU, «notre maison mère», qu’avec toutes ses institutions spécialisées dans le cadre de la problématique humanitaire. Il s’agit avant tout du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) et du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP). Cette interaction est tout simplement cruciale pour que nos efforts puissent se compléter et servir à atteindre nos objectifs.

Comme vous le savez, chacune de ñes institutions respectables et reconnues dans le monde entier, a sa sphère de compétences qui consiste à assister les pays dans leur développement, à aider les mères et les enfants, ainsi qu’à résoudre les problèmes démographiques. La priorité absolue de l’UNESCO est l’éducation qui est incluse dans les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) adoptés par l’ONU. De ce fait, le 5 novembre 2010, les responsables de toutes ces institutions se sont réunis à New York, à l’initiative de la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, pour évoquer la réalisation des objectifs du programme mondial Education pour tous conçu jusqu’en 2015. Au cours de la réunion, il a été souligné que l’éducation devrait être la pierre angulaire du développement durable.

En revenant à votre question concernant les particularités de l’UNESCO, j’aimerais rappeler également que, selon l’idée initiale de ses fondateurs, l’Organisation était destinée à contribuer à «la solidarité intellectuelle et morale de l’homme» pour empêcher le déclenchement d’une nouvelle guerre mondiale. Cet objectif est toujours d’actualité et il prévoit la prise de conscience par les gens de l’idée de sauvegarde de la paix, ce qui va de pair avec la tolérance, le développement de l’entente mutuelle et du dialogue, la création d’une culture mondiale ainsi qu’avec d’autres aspects humanitaires universels. En d’autres termes, l’UNESCO occupe une place à part dans le système international.

Quant aux avantages, je doute qu’il y en ait. Toutes les institutions du Système des Nations Unies se consacrent à la paix dans le monde entier et à la prospérité de chaque pays en particulier. Ce sont les Etats membres eux-mêmes qui décident de la façon d’y parvenir.

 

Q: En toute logique, l’UNESCO devrait s’adapter constamment aux réalités du monde contemporain. Quel est donc le rôle de cette organisation internationale de premier plan à notre époque?

 

E.MITROFANOVA: Vous avez parfaitement raison, l’UNESCO est un organisme vivant et elle est donc bien obligée de s’adapter. Notre objectif primordial est de réformer l’Organisation pour la rendre capable de relever les nouveaux défis avec la plus grande efficacité et la plus grande rapidité possibles. Or, c’est la vie elle-même qui nous confronte à ces défis en nous les lançant tous les jours. Ces défis comportent la mondialisation qui progresse ainsi que la nécessité de combattre la pauvreté, la famine, les maladies et l’inégalité entre les Etats et au sein des Etats, y compris dans le domaine de la protection des droits de la femme.

Parmi les problèmes les plus sérieux figure également l’aide aux pays en situation de post-conflit et de post-catastrophe. J’aimerais rappeler dans ce contexte que l’UNESCO a réagi rapidement au séisme à Haïti et à l’inondation au Pakistan. Dans ces cas nous agissons de concert avec l’ONU, «notre maison-mère». A l’heure actuelle, il n’est plus question d’une aide humanitaire isolée mais de l’élaboration d’un plan à long terme visant à aider ces pays à revenir à une vie normale.

Je n’ai énuméré que certains objectifs d’envergure, dont chacun comprend de nombreux axes et aspects complexes, voire parfois délicats.

Il est donc parfaitement clair que l’UNESCO est plus sollicitée aujourd’hui que jamais. Toutefois, je répète qu’afin de pouvoir fonctionner à plein rendement, l’Organisation a besoin de se transformer. Les efforts nécessaires sont entrepris aussi bien par la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, que par les Etats membres.

Le Comité exécutif, présidé actuellement par une représentante de la Russie, apporte également sa contribution. La nécessité de la transformation ne concerne, d’ailleurs, pas que l’UNESCO. Toutes les institutions du Système des Nations Unies traversent actuellement une période de réformes qui visent principalement à leur permettre de réagir efficacement aux défis et menaces du XXIe siècle.

 

Q: Comment estimez-vous la coopération entre la Russie et l’UNESCO? Plus particulièrement à l’heure actuelle, après votre élection à la présidence du Comité exécutif de l’Organisation? En quoi cela avantage-t-il la Russie?

 

E.MITROFANOVA: Notre pays a adhéré l’UNESCO, cette organisation unique, le 21 avril 1954, car la Russie acceptait sans réserve sa Charte qui stipule que la mission de l’UNESCO est de «contribuer au maintien de la paix et de la sécurité dans le monde en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’Homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte des Nations unies reconnaît à tous les peuples». Je ne vois rien à y ajouter. Il n’est pas seulement question de la paix dans le monde, mais de la paix de l’âme.

Cette période a été fructueuse, en particulier dans le domaine de l’éducation qui est la grande priorité de l’Organisation. La Russie dispose d’un vaste réseau créé dans le cadre du programme UNITWIN/Chaires de l’UNESCO et qui contribue à une coopération interuniversitaire intensifiée dans le monde entier et, de ce fait, au développement de la science sans laquelle ni le progrès, ni le développement durable ne sont possibles. De nombreuses régions russes peuvent se prévaloir d’écoles parrainées par l’UNESCO ce qui permet aux jeunes Russes de se familiariser avec les idéaux et les valeurs de l’Organisation en contribuant ainsi au dialogue entre les cultures, à la mise en place d’une «culture mondiale» et à l’éducation de la tolérance. Etant donné que les enfants sont notre avenir, nous créons ainsi de bonnes bases pour un monde fondé sur le respect de l’individualité et des droits de l’homme, autrement dit, un monde sans guerres ni violences.

En vertu des décisions de la 35ème session de la Conférence générale de l’UNESCO (initiées par la Russie), la Conférence mondiale sur l'éducation et la protection de la petite enfance s’est tenue en septembre à Moscou. Ce fut le premier forum de l’histoire de notre Organisation dédié à ce problème. Nous avons soumis cette question à l’examen de tous, je dirais du monde entier, car c’est en bas âge que se forment les qualités de base de la personnalité humaine (mentalité, mémoire, attention). Par la suite, ces qualités incitent l'homme à s’instruire pendant toute sa vie. Donc le développement correct de chaque enfant est le gage du bien-être des nations.

A l’issue de la conférence, le Plan d’actions de Moscou a été adopté dont la mise en Suvre apportera une contribution à la réalisation du Programme mondial de l’UNESCO intitulé Education pour tous et conçu jusqu’en 2015.

La coopération que j’ai évoquée ne concerne qu’un seul axe. Par ailleurs, nous coopérons activement dans le domaine culturel et nous nous prévalons de résultats tangibles dans le domaine des sciences naturelles. Nous disposons également d’un vaste terrain d’entente en ce qui concerne la conservation du patrimoine mondial culturel et naturel.

Quant à l’utilité de notre Organisation pour la Russie, j’aimerais évoquer les paroles célèbres du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui a souvent répété que l’efficacité de l’ONU est directement proportionnelle à l’efficacité de la coopération de ses Etats membres. Ceci est entièrement valable pour l’UNESCO. Chaque pays membre a le droit de soumettre librement aux autres toutes les questions qui le préoccupent. Toutefois, la plupart des pays s’efforcent de trouver des solutions aux problèmes existants par un effort commun car la règle remarquable de notre Organisation internationale est de prendre des décisions par voie consensuelle. De ce fait, personne ne se sent lésé par les résultats des votes.

C’est conjointement que nous définissons les priorités. Actuellement, elles sont au nombre de cinq, à savoir l’éducation, les sciences naturelles et sociales, la culture, les communications et l’information. Les priorités sont énumérées dans le Programme et le budget de l’Organisation des deux années en cours. Les thèmes dits omniprésents sont ceux de l’éducation, de l’Afrique et de l’égalité des sexes. Cela signifie qu’ils font partie intégrante des cinq programmes prioritaires. Par ailleurs, nous élaborons les stratégies de l’Organisation à moyen terme (la Stratégie actuellement en vigueur est celle de 2008 à 2013). Bien entendu, la Russie prend une part active à l’élaboration de ces programmes fondamentaux en soumettant des propositions et je peux dire que nos initiatives sont souvent soutenues par d’autres délégations. On ne saurait donc affirmer que la Russie a des priorités «étroites». Nos idées sont reprises dans les documents fondamentaux adoptés par voie consensuelle.

 

Q: Pour conclure, madame Mitrofanova, nous vous serions reconnaissants de nous faire part des événements culturels les plus marquants de cette année, étant donné que c’est l’Année internationale du rapprochement des cultures.

 

E.MITROFANOVA: Vous avez raison, cette année est riche en événements initiés par l’UNESCO dans le cadre de l’Année internationale du rapprochement des cultures. Nous avons beaucoup fait. Bien sûr, avant tout, j’aimerais évoquer le 65ème anniversaire de la Grande victoire et celui de la fin de la Seconde guerre mondiale célébrés en mai au siège de l’UNESCO. C’est le concert de gala de l’Orchestre symphonique de la CEI (Communauté des Etats Indépendants – NdlR) dirigé par Vladimir Spivakov, notre remarquable compatriote et Artiste de l'UNESCO pour la paix, qui a constitué l’événement clef du Programme dédié à la Paix et à la Concorde. La majeure partie du programme du concert donné par l’orchestre était composée des Suvres de Petr Tchaïkovski dont nous célébrons cette année le 170ème anniversaire. Le concert a été conclu par la fameuse musique de la chanson Le Jour de la Victoire, composée par David Toukhmanov et accompagnée des films documentaires remontant à l’époque de la guerre. Tous les participants à la soirée ont ovationné les jeunes artistes et nous avons été submergés de fierté pour notre pays.

Je ne peux pas non plus passer sous silence la présentation du Forum des cultures slaves créé à l’initiative des présidents russe et slovène. Cet événement a eu lieu le 25 mai au Siège de l’UNESCO. Les délégations permanentes de la Russie et des autres pays slaves ont contribué à l’organisation d’un très beau concert de gala de l’Orchestre national académique Ossipov d'instruments traditionnels de Russie avec la participation des solistes venant de divers pays slaves (Bulgarie, Biélorussie, Macédoine, Pologne, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Ukraine et Croatie) ainsi que de la Moldavie. Nous sommes proches sur le plan spirituel, d’où l’importance de ce Forum pour la conservation et le développement des valeurs culturelles universelles de l’humanité et notamment du patrimoine culturel immatériel des peuples slaves. J’espère sincèrement que cette fête des cultures slaves sera régulière au sein de l’UNESCO.

Certes, de nombreux autres événements culturels marquants ont également été organisés. Par ailleurs, l’année n’est pas finie, et nous serons heureux de vous voir parmi nos invités à la célébration du 65ème anniversaire de la fondation de l’Organisation au siège de l’UNESCO le 14 décembre.